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Les vitraux de Coghuf

 

Lors de la rénovation de l’église de Lajoux (1970-1971), les autorités paroissiales firent appel au peintre Ernest Stocker, alias Goghuf (1905-1976), pour assurer la décoration de leur sanctuaire totalement transformé.

 

Pourquoi cet artiste plutôt qu’un autre ?
Parce que les Djoulais aiment et apprécient son œuvre, certes, mais aussi parce qu’ils se souviennent encore que, vers 1960, Goghuf s’est efficacement associé à leur lutte contre l’implantation d’une place d’armes aux portes même de leur village. Aussi, de ce courageux artiste épris de liberté, ils souhaitent posséder une œuvre exemplaire, une œuvre " communautaire " en ce sens que tout membre de la communauté paroissiale et tout ami des arts passant par Lajoux pourra la découvrir et la redécouvrir à sa guise : des vitraux.

 

Dans l’art du vitrail - à Lajoux, on le savait bien - Coghuf n’appréciait pas l’emploi de la grisaille, la technique utilisée pour réaliser les vitraux qui, alors, ornaient encore l’église paroissiale. Place devait donc être faite à des vitraux de verre et de plomb, selon le voeu du maître. Mais l’artiste fut invité à méditer sur un thème suggéré par le chef spirituel de Lajoux, M. l’abbé Antoine Cuenat : la vie du Christ vue à travers le regard de sa mère, puisque le sanctuaire qui allait accueillir ses huit vitraux est consacré à Notre Dame de la Présentation. Coghuf respectera admirablement ce voeu.

 

L’artiste ayant pris soin de faire figurer des paroles évangéliques sur chacun de ses vitraux, traçons cet itinéraire spirituel même si, à l’évidence, leur disposition spatiale ne suit pas la chronologie christologique, mais une vision esthétique.

 

Dans l’ordre où on les découvre spontanément ce sont :

 

A droite, en montant la nef :

 

Suis-je un brigand ?
selon Matthieu 26.55 ou Marc 14.48 ou encore Luc 22.52

 

La sixième heure
selon Matthieu 27.45 ou Marc 15.33

Or, il y avait là Marie, sa mère
selon Jean 19.25

Salut, comblée de grâce
selon Luc 1.28

 

 

 

 

A gauche, en montant la nef :

 

Et tu lui donneras le nom de Jésus
selon Luc 1.31

 

Elle mit au monde son fils premier-né
selon Luc 2.7

C’est Rachel pleurant ses enfants
selon Matthieu 2.18

Et vint s’établir dans un ville appelée Nazareth
selon Matthieu 2.23

 

 

 

Une découverte théologique de ce cycle de vitraux conduirait à commencer la visite par la joie de Marie à l’heure où elle apprend qu’elle sera la bienheureuse mère du Fils de Dieu (Luc 1.47) pour l’achever par la contemplation du vitrail que Coghuf a créé pour évoquer la douloureuse mère du Rédempteur à l’heure tragique où elle accompagne son enfant au pied de la croix (Jean 19.25).

 

Qu’on soit mystique ou esthète, une telle approche de l’œuvre est logique et captivante, Coghuf ayant utilisé le langage des couleurs et des formes avec tant de meastria que l’étude de chaque vitrail devient un enchantement pour qui s’y livre. Peut-être l’esthète estimera-t-il que le passage entre la pénombre de la nef et la clarté du choeur est visuellement trop brusque, trop dur, mais il faut se souvenir que la fonction première de ces vitraux est de filtrer la lumière à l’intention des fidèles assemblés durant les offices, moments où l’éclairage artificiel gomme ce contraste - parfois - trop vif. Car : qui visitera l’église de Lajoux vers la fin d’un bel après-midi d’été constatera le total et merveilleux bouleversement de l’ordonnance chromatique créée par ces vitraux.

 

Plutôt que d’art abstrait, Coghuf parlait de peinture intérieure à propos de son œuvre non figurative; mais lui, l’adepte de l’abstraction lyrique, n’a pas hésité à placer au cœur de certains des vitraux de Lajoux des silhouettes de personnages, voire des motifs peu ou prou figuratifs pour laisser percevoir que cette méditation picturale s’est aussi nourrie aux sources du concret. Il serait néanmoins peu sage de vouloir établir des liens précis entre tel vitrail et son " titre " car, en somme le verset évangélique est surtout une piste destinée à guider - si besoin est !- le regard et la méditation du visiteur.

 

A travers couleurs, lignes, formes ou harmonies nées de ses vitraux, Coghuf a créé une œuvre qui évolue au fil des heures et des saisons ; toujours semblables et jamais pareilles, ses verrières sont le reflet du temps qui passe et de l’éternel recommencement des émotions les plus profondes et des pensées propres à chaque être humain. On peut dons considérer que la citation évangélique tracée à la base de chaque vitrail est là pour inciter le visiteur à regarder plus loin. (ainsi, pour qui viendra voir ces vitraux à la nuit tombante, peut-être leur douce harmonie deviendra-t-elle pareille à la douce mélopée de ce réponds de Complies : Entre tes mains, Seigneur, je remets mon âme...)

 

Coghuf a sans doute traduit la joie du Salut, comblée de grâce par un vitrail aux tons chauds, aux jaunes éclatants et aux rouges profonds, cependant,cette joie - la nôtre - ou toute autre joie n’éclate-t-elle pas aussi à travers les bleus intenses, les verts somptueux ou les tendres violets ? Drame, tristesse et mort se faufilent, certes, dans les plages sombres (à dominante froide) souvent durcies par les lignes du plomb, mais la fréquente juxtaposition du bleu et du brun (pour l’artiste, ces couleurs s’illuminaient l’une l’autre) évoque-t-elle les champs labourés sous le ciel ou le bois de la croix salvatrice et le Paradis ?Quant au jeu infini des verts, ne serait-il pas lié à celui des pâturages francs-montagnards qui lui étaient si chers ? Allez savoir !...

 

Grâce à la symphonie colorée des vitraux de l’église de Lajoux, Coghuf invite chacun à passer sereinement de la Terre aimée au Ciel peu ou prou désiré, et ce à travers des mystères présentés à l’aide de citations de l’Evangile, cette Bonne Nouvelle dont Marie, la mère du Christ, fut le témoin privilégié.

 

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